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Presse : L’article de Revolver dans la langue de Molière

par Virginie 30 octobre 2013 Pas de commentaire Tags :

L’heureuse retrouvaille avec le guitariste Brian “Head” Welch a mené le groupe à créer le meilleur album depuis ces dix dernières années. Mais Korn ne serait pas Korn si les membres du groupe n’avaient pas résolu leurs problèmes personnels.

L’élément déclencheur a été le moment ou Brian « Head » Welch est monté sur scène avec Korn pour la première fois depuis plus de huit ans et demi, le 5 mai au festival « Carolina Rebellion ». Le guitariste (qui avait quitté le groupe en 2005 après avoir trouvé Dieu et pour lutter contre ses dépendances à l’alcool et aux méthamphétamines) est monté sur scène avec ses anciens collègues pour interpréter le morceau « Blind », l’un des plus grands titres de Korn, tiré de leur premier album éponyme « Korn ». Alors la foule explose et les fans se ruent sur Internet pour débattre si Head doit oui ou non revenir dans le groupe qu’il a co-fondé en 1993 (Head est le novateur de l’alternance de riffs de guitare aigus et graves et joue avec son comparse James « Munky » Shaffer, également guitariste).

La réponse à cette question ne tarde pas à venir. Korn prévoit deux shows entiers avec la participation de Head lors de festivals en Allemagne, comme celui du « Rock Ant Ring » ou du « Rock Im Park ». Peu après, Munky appelle Head et l’invite à travailler sur le prochain album du groupe, celui qui suit The Path Of Totality de 2011. Quand il accepte, tout le monde pouvait le sentir : Korn s’était reformé.

“Mec, c’était comme s’il nous avait manqué un bras durant tout ce temps, et qu’il s’était soudainement rattaché » explique Munky. « Avant, j’avais l’impression que l’on était comme un chien à trois pattes qui pouvait toujours se promener mais qui ne pouvait pas courir aussi vite qu’il l’aurait voulu. Même s’il est vrai que nous écrivons de très bons albums, on le faisait tout de même avec un certain handicap. »

Le retour de Head au sein du groupe clôt un chapitre composé de querelles. Pourtant, aussitôt que le groupe annonce qu’il est désormais réuni pour de bon, la nuit de noce s’achève. Les problèmes de drogues et les histoires de familles menacent de compromettre non seulement les retrouvailles mais aussi la collaboration de Head sur le nouvel opus, The Paradigm Shift, sorti début octobre. Pour les membres du  groupe, ces problèmes personnels ne sont que des épreuves à passer et qui au final, les rendront plus fort.

Dans le passé, Korn avait essayé de travailler à nouveau avec Head. Il l’avait contacté en 2009, pour  l’album Korn III : Remember Who You Are, (produit par Ross Robinson, qui a également produit le premier album ainsi que ses suivants, comme l’album Life Is Peachy en 1996). Mais le timing n’était pas bon. Head était très occupé avec son nouveau groupe, Love and Death et par ailleurs il avait entendu que Munky faisait trop souvent la fête. Il s’est dit finalement qu’il ne voulait pas revivre ces choses :

“Je n’aurais pas pu me retrouver avec le « Munky soûl » disait Welch. Il est trop énervé et fou. Même si j’aime l’entendre rugir comme un animal sauvage, je préfère ne pas être dans les parages ».

Toutefois, lorsque Korn s’adresse à Head au début de cette année 2013, celui-ci n’hésite pas à accepter l’invitation. Munky est sobre depuis 2010, suite à l’ultimatum posé par sa petite amie, (qui est aujourd’hui sa femme). Maintenant que Munky allait mieux, c’était au tour de Jonathan Davis. Lors des shows avec Korn en Allemagne, Head sentait qu’il y avait encore un problème: Davis, pilier du groupe depuis qu’il a arrêté de boire depuis 1998, était visiblement agité, de mauvaise humeur et blême.

“Quand Munky m’a demandé de revenir, j’ai instantanément pensé à Jonathan car j’avais vu qu’il n’était pas bien ». Head se rappelle : « au début j’étais réticent à l’idée de revenir dans le groupe car je ne savais pas s’il n’était pas bien à cause des drogues ou quelque chose du genre. Je ne voulais absolument pas me replonger dans cette atmosphère-là. Je sentais au plus profond de moi que je devais revenir. Mais Jon m’inquiétais toujours. »

Welch avait raison de s’inquiéter. Alors que Davis n’avait pas touché aux drogues dures pendant des années, il était sans relâche en train de combattre et d’arrêter le Xanax (qu’il prenait pour lutter contre une extrême anxiété) et cela le mettait en état de manque :

“Il y a trois ans, mon antidépresseur a cessé de fonctionner et j’ai commencé à avoir de sérieuses crises d’anxiété », explique Davis. « Je pouvais me lever le matin et vomir partout. J’étais inquiet à propos de tout et parfois il m’arrivait de ne plus pouvoir sortir du lit. Le médecin m’a alors prescris du Xanax et cela a tout résolu. »

Mais le problème avec le Xanax c’est que plus on en prend dans la durée, moins c’est efficace. « Parfois j’essayais d’arrêter mais je sentais que je devais en prendre une dose». Davis se rappelle : « Je ne le faisais pas pour être stone ou quoi. Je voulais simplement me sentir sain d’esprit. Ensuite j’ai fait un check-up et mon médecin m’a dit : il faut qu’on te sorte de ça. »

Avec le temps, Davis réussit lui-même à se sortir des médicaments, mais arrêter le Xanax après un usage prolongé peut provoquer des attaques mortelles. De ce fait, le chanteur du groupe se rend à l’hôpital de Bakersfield, dans l’état de Caroline, et y reste pendant dix jours, essayant de combattre cette drogue sous la supervision des médecins. « Je ne voulais pas me rendre dans l’un de ces centres de désintoxication pour « célébrités », dit-il. Alors j’ai décidé de me rendre à l’hôpital de la ville. Ils m’ont mis sous phénobarbital (médicament antiépileptique) pour éviter que j’aie des attaques. Le Xanax est le diable. Il est plus difficile d’arrêter cette merde que d’arrêter l’héroïne. »

Pour Davis, ce n’était pas le bon moment de restreindre ou bien d’arrêter le Xanax pour lutter contre son anxiété. Son groupe était en train de commencer à préparer un nouvel album, le plus innovant qu’il soit. En plus de ça, à ce moment-là, Davis apprend l’une des nouvelles les plus stressantes et déchirantes de sa vie : son fils Zeppelin, âgé de 6 ans, a développé un diabète de type 1.

« Nous savions que quelque chose n’allait pas car il s’allongeait souvent. Il disait : je suis fatigué Papa. Ca ne lui ressemblait pas car c’est un petit garçon très nerveux, un peu foufou, une vraie pile électrique. Nous l’avons donc emmené chez le médecin pour faire un test de sucre sanguin et il avait 300. La normal se situe entre 80 et 100. J’étais anéanti. Alors je me suis dit, mon Dieu, il va mourir. »

Fort heureusement, le diabète de Zeppelin peut être traité. Son cas requière une surveillance particulière ainsi que des sacrifices. « Le pauvre garçon n’a que six ans et il ne peut pas manger de bonbons », dit Davis. « Parfois, je dois lui injecter de l’insuline six fois par jour. Quand il sera plus grand, il comprendra ces restrictions. Mais pour l’instant, je dois mettre un cadenas sur la porte pour ne pas qu’il prenne de la nourriture. Je devais lui dire, tu sais, tu peux perdre l’usage de tes jambes, tu peux perdre la vue. Essayez de dire ça à un gamin de six ans. Il s’en fou. Tout ce qu’il sait c’est qu’il ne peut pas avoir tout ce qu’il veut. »

En juillet 2012, submergé par ses problèmes personnels, Davis se replie et ne peut se rendre au studio du groupe à Bakersfield, pendant que les autres membres commencent à écrire The Paradigm Shift. Head, Munky et le bassiste Reggie « Fieldy » Arvizu comprennent le supplice de Davis et sont confiants quant à son retour dans le groupe. En attendant, ils plongent ensemble dans l’écriture du nouvel opus, pour la première fois depuis presque dix ans.

Head a apporté ses riffs dans six nouvelles chansons, incluant la majeure partie de « Love and Death ». Il les a joués pour Munky, Fieldy et le batteur Ray Luzier. A ce moment-là, Korn explose d’idées avec une fureur qu’il n’avait pas ressentie depuis des années. «  Il n’y avait pas de nervosité, nous n’avions pas à apprendre à nous connaître uns les autres », raconte Head avec beaucoup d’enthousiasme. « Nous ne cessions d’écrire et d’écrire. »

“La chimie était instantanée”, dit Luzier, qui a rejoint le groupe six ans auparavant. «  Je pouvais sortir un groove et Brian me suivait. Ou bien James proposait quelque chose et Fieldy y rajoutait d’autres choses. Tout était naturel. »

Le travail collaboratif a mené Korn à redécouvrir des éléments de leurs débuts. « Head et Munky se répondaient sans cesse avec les guitares, comme si l’un posait une question avec son instrument et que l’autre y répondait », explique Fieldy. « Avoir Head avec nous, ça nous a forcé à revenir sur nos positions. En fait, j’étais contre la batterie et je cherchais où est-ce que je pouvais améliorer certaines choses car Ray et moi avions deux idées différentes en ce qui concerne les percussions. Mais au final, ça sonnait comme dans nos débuts. »

Huit mois après que le groupe ait écrit de nouvelles musiques, Davis rendait finalement visite à ses collègues dans leur studio. Il avait espéré commencer à contribuer à l’album, mais il était toujours affaibli. « Quand je suis rentré dans le studio, j’étais tellement secoué que j’ai dû m’assoir immédiatement », se rappelle t-il. « Les autres me disaient, mec, qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »

« J’étais terrifié. La dernière fois que j’étais aussi mal, c’était à l’époque du Family Values en 1998. Je souffrais de delirium tremens (des délires très importants qu’ont souvent les personnes dépendantes à l’alcool et qui arrêtent de boire) et j’étais schizophrène pendant un moment. C’était une période horrible. »

Le reste du groupe encourageait Davis à rentrer chez lui et à prendre le temps dont il avait besoin pour se ressaisir. Mais être à l’écart pendant un long moment mène Davis a douté de ses capacités à subir la pression de l’écriture d’un nouvel album de Korn. Quelques fois, il retournait au studio mais il était toujours parti avant même d’avoir eu le temps d’écrit quelque chose. « Une fois, j’étais dans la pièce tout tremblant et Head me disait : «  tu t’en sortiras, ne t’inquiètes pas. » Davis répond: « Sincèrement, je ne savais pas si je pouvais me relever de cette merde. J’avais vraiment peur. Mon cerveau était troublé et franchement je ne savais pas ce qu’il allait se passer. »

« Nous ne sommes pas les meilleurs communicateurs et il était difficile pour nous de s’ouvrir et de parler de choses sérieuses », explique Munky. « On voulait qu’il se sente mieux, ainsi que pour sa famille. Alors on lui a juste dit : « on est là pour toi. On va continuer à écrire et si tu veux revenir et t’amuser avec nous, ça serait vraiment cool. »

A la fin de l’été, Davis se sentait mieux et il était capable de fournir une critique constructive des 25 musiques que ses collègues avaient composé. Ce qu’il entendait l’excitait, mais il voulait aussi continuer sur la voie de l’électronique comme dans The Path of Totality. Quand il exprimait son souhait à Head, il était clair que les deux hommes n’étaient pas sur la même longueur d’onde :

« C’était du genre : Attends ! Je ne suis pas revenu pour faire un album électronique ! », dit le guitariste.

Head ne cessait de dire: « je veux faire un album de métal! Je veux faire un album de métal ! », se rappelle Davis. « Je me suis dit, mec, t’es parti pendant huit ans, on a déjà fait ce genre d’albums. Avec The Path Of Totality, on a fait quelque chose de différent et de nouveau en  incorporant du Dubstep et de l’électronique. On reste sur notre lancée. »

La première contribution de Davis sur l’album de The Paradigm Shift était centrée sur  le côté électronique et mélodique du premier single Never Never. Davis commençait à travailler sur ses parties pour une douzaine de chansons et pour qu’il puisse rester concentré, il emménage dans le studio du groupe pendant quelques mois avec ses deux plus jeunes fils, Zeppelin et Pirate âgé de 8 ans :

« C’était une drôle de façon de faire un album », admet-il en riant. « J’étais en train d’essayer d’écrire les paroles pendant qu’un de mes fils me tirait les cheveux et que l’autre sautait sur mon dos. »

Le résultat de cet étrange processus donne un album ou Korn incorpore les meilleurs éléments du passé et du présent. Il y a le classique et lourd « Prey For Me », le bruyant « Spike in My Veins » ainsi que l’angoissant « Punishment Time ».

« Si ça ne tenait qu’à moi, il y aurait eu plus d’électronique mais nous avons fait des compromis, et je suis fier et heureux que nous ayons réussi», dit Davis. « Le fait que nous ayons tous fait des efforts nous a  permis de réaliser notre meilleur album. »

Welch est d’accord sur ce point : « les parties électro embellissent les morceaux. Je veux dire que 95 pourcents de l’album sonnent comme du Korn old school. L’album offre un mélange d’anciens et de nouveaux sons. »

Head a accepté de travailler avec le groupe malgré les récents problèmes de Davis qui l’avait pourtant repoussé à rejoindre Korn au début. Les combats et démons du chanteur sont certes les éléments qui rendent le groupe très puissant. « Jonathan est passé par de mauvaises passes et à mon avis ce n’est pas pour rien. C’est comme s’il représentait la voix des blessés. C’est une âme torturée et il en existe de nombreuses en ce monde qui peuvent être entendues grâce à son chant», explique Head.

En ce qui le concerne, Davis a une toute autre explication à propos de ses tourments à répétition : «  Honnêtement, dit-il, c’est comme si que j’avais noyé le chien d’une personne dans une autre vie et que je suis aujourd’hui puni pour ça. »

Lors de la tournée en automne, pour présenter The Paradigm Shift, Head jouera dans un premier temps avec Korn puis donnera un deuxième show avec son autre groupe Love and Death :

« J’adore jouer et les gars étaient cools avec moi car ils ont accepté que je continue avec mon groupe Love and Death », raconte Head. « Jouer à nouveau avec Korn est tellement amusant. Aujourd’hui aucun de nous ne prend de la drogue mais nous restons tout de même fous. On plaisante, on se lance des vannes, on est des sauvages sur scène. Je fouette Fieldy avec mes dreadlocks et je crache de l’eau sur les gars. Nous sommes des frères qui jouent ensemble et qui prennent du bon temps. »

Les membres de Korn font également quelque chose qu’ils n’ont jamais fait ensemble auparavant, comme s’enlacer et prier avant chaque concert, même si tous les membres du groupe ne pratiquent pas la même religion :

« Je respecte les deux côtés, dit Davis avec diplomatie. Je crois en Dieu et je crois au Diable. »

« Quand nous regardions Deftones avant chaque concert, on voyait les membres du groupe s’enlacer et prier », se remémore Head. « On se disait genre mais qu’est-ce qu’ils font ? En fait c’était cool. Ils étaient comme des frères dans une mêlée lors d’un match de football. Nous avons fait la même chose lors de notre dernière tournée. »

« C’est tellement génial que Head soit revenu dans le groupe et de voir Munky heureux de jouer à nouveau avec son pote. » Davis ajoute : « Head fait rire tout le monde et ramène la bonne humeur dans le groupe. Si je devais résumer les choses, ça serait comme ceci: imaginez qu’un membre de votre famille meurt. Vous êtes peiné puis vous passez à autre chose. Ensuite il revient à la vie huit ans après et vous recommencer à traîner avec lui. C’est exactement ça. C’est fou, mais c’est que du positif. »

Interview: Jon Wiederhorn. Photographie : Jeremy Danger. Traduction : Virginie pour Korn France.

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